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Le jour où j'ai rencontré Victor Newman, l'actionnaire majoritaire de ZERO (ou presque), j'ai tout de suite mesuré l'ampleur de l'aventure qui allait se jouer ici.
Sous le costume austère et le phrasé de ministre, l'homme dissimulait un besoin primaire, innocent, puéril, de rire et de faire rire.
Offrir de l'amusement par brassées à des millions d'inconnus, sans doute une manière de se pardonner à lui-même les horreurs perpétrées encore aujourd'hui au Kenya par sa firme pharmaceutique et les ventes d'armes au Rwanda.
Quoiqu'il en soit, lors de notre entrevue dans le petit salon du second sous-sol de sa voiture, c'est avec l'excitation d'un enfant qu'il me fit part du projet ZERO (ou presque), ses petits yeux bouffis étincelant de malice et d'espoir.
"Des bédés à la con" disait-il en sautillant sur son siège. "Du mickey débile, mon petit vieux !" Et de grands éclats de rire le rajeunissaient de trente ans. "Des bêtises d'une page, pas plus ! ajouta-t-il alors, m'empoignant l'épaule d'un air complice. Et que du one-shot".
Dans un clignement d'yeux, son sourire était tombé. L'étincelle dans ses yeux semblait s'être noyée dans les marécages bouillonnants de l'enfer. "Que du one-shot ! répétait-il, et sa voix se fit caverneuse.
- Du... one-shot ? balbutiai-je, tandis que mon cœur menaçait d'exploser.
- Du one-shot ! hurla-t-il encore, le menton dégoulinant de bave. Où une bande dessinée commence, elle se termine ! Je ne veux pas de séries qui se suivent d'un numéro sur l'autre ! Vous m'entendez ? JE BANNIS L'EXPRESSION « A SUIVRE » DE CE SITE !
Et c'est à ce moment, tandis que la Bête s'était mise à pousser d'effroyables rugissements, menaçant ceux qui se fourvoieraient de terribles tortures dans un espéranto impeccable, c'est à ce moment que m'est venue l'idée. Une idée si surprenante, si puissante... Je ne pouvais pas échouer...
Alors, rassemblant tout mon courage, je décidai de, ah ah, attendez, vous allez rire...
(à suivre...)
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